Les poèmes qui composent La Rue palimpseste sont pour l’essentiel extraits des trois derniers recueils de Marilyn Hacker, Winter numbers (1994), Squares and courtyards (2000) et _ (2003) auxquels s’ajoutent quelques inédits.
Comme l’écrit sa traductrice, Claire Malroux, dans sa préface : « C’est à un parcours à double sens qu’elle nous convie, au moyen d’incessants allers et retours [...] entre deux continents, l’Amérique et l’Europe, deux moments du temps, le présent et un passé que, par imprégnation ou solidarité avec son quartier d’élection, elle identifie de plus en plus à la période d’avant-guerre antérieure à sa naissance ».
Promeneurs
Comme assise quai de Jemmapes
je regardais vers le quai de Valmy
un cahier quadrillé sur mes genoux
j’ai aperçu, casquette et cheveux gris,
un homme qui tenait pareillement
un cahier semblable, en vis-à-vis.
J’avais écrit dans le mien – lui aussi
Quand je l’ai fermé et me suis levée
(ayant revissé le capuchon de mon Bic)
l’homme s’est éloigné d’un pas cadencé
ou aurait dû. Mais j’étais toute seule
et le banc sur le quai opposé
restait vide. Un corbeau a pris son vol
au-dessus de l’hôpital Saint-Louis.

