« Le romancier, pensa Ishmaël, est un étrange témoin de Dieu. Il vient faire sa déposition sans se préoccuper de savoir ce que le procès en tirera. Et le poète ? On ne l’entend sûrement pas au procès. Il ne relate pas les faits. Il tient ses mots pour des faits. Il demande qu’on s’y arrête. Qu’en tire-t-on alors ? Un bruit de mots, un gargouillis de vocables qui rappellent trop le corps et la matière. Ishmaël se souvint d’un poète d’avant-garde qui promenait un micro sur ses bras, sa poitrine, qui l’introduisait dans sa bouche. Il en résultait des sonorités rauques, parfois proches de l’appel panique : comme chez une bête en détresse de mort. »


















































