Ce dixième recueil de Louise Herlin alterne les poèmes longs, narratifs et méditatifs et ceux venus d’ailleurs, qui visent, par l’écoute, à capter l’éclair ou l’éclat d’une intuition fuyante : signes, perceptions, instants.
Le vers se mue en prose quand celle-ci semble plus apte à porter le genre d’émotion qui est à la source du poème ou que le mode narratif s’impose, qu’il s’agisse d’une rencontre avec le clochard du quartier ou de l’inépuisable singularité des chats.
On retrouve dans ce livre les veines familières de la poésie de Louise Herlin : présence au monde et présence du monde, le temps, son suspens, échos d’événements collectifs ou non, fusion avec les paysages aimés, ce qu’est ou peut être la poésie : chronique d’un été ou « L’indicible comme horizon / Vivre est poursuite infinie... »
Livre ouvert sur l’herbe d’un sous-bois à l’automne
Feuilles, feuillets, pages écrites, noir sur blanc
Parole inscrite, signes signifiant, parole transcrite
Livre... sacré peut-être, gardant pour la restituer,
la parole divine, pour la faire entendre, réentendre
in saecula saeculorum
Livre ouvert non sur lutrin mais par terre, sur un amas
de feuilles mortes ! épais volume à feuilleter, fragile...
à même le sol jonché de feuilles mortes – dévitalisées,
recroquevillées, bientôt rongées, salies, rognées, tachées,
tavelées... détritus
bientôt
Objet fabriqué, le livre, sophistiqué, ah combien ! contenant,
contenu, verbe et matériau
Objet d’un commerce intime avec nous humains lecteurs, liseurs
À lire sous la lampe, sur le bois de la table, du bureau,
À lire au lit, tout attention, corps au repos
