« J’ai vingt-deux ans », écrit Mário de Sá-Carneiro, « et je ne crois en rien ; je regarde autour de moi et ne vois rien pour quoi vivre... » Il vient d’achever son premier recueil de nouvelles, et il lui reste quatre ans à vivre. Prérnices est un nom sans discrimination, absolu, répété avec une rage aveugle, un entêtement inébranlable. Quand on l’a lu, il ne reste rien. Le mariage n’est qu’une « sottise », l’amour un passe-temps assez répugnant, la procréation un crime, et ce nihilisme se termine par un éloge dithyrambique des suicidés. Paru en 1912, ce livre « étrange, bizarre » – selon un article de O Século – contient tous les signes qui constituent l’essence de la pensée contemporaine : la vie dépourvue de sens, la transcendance impossible, l’homme considéré comme une contradiction insoluble. Mais surtout il est le premier chef-d’œuvre du « météore » des lettres portugaises, celui que Fernando Pessoa considérait comme le plus doué des écrivains de sa génération.
