Bien qu’elle ait toute l’allure aventureuse et picaresque d’un roman de cape et d’épée, l’histoire de la Nonne Soldat est une histoire vraie. Catalina de Erauso a vécu, d’une vie exaspérée, comme disent les Espagnols. Le récit qu’elle en écrivit, de sa main plus dextre à manier l’épée que la plume, étonna ses contemporains. C’est une confession hardie, peut-être sincère, qu’elle commença d’écrire ou de dicter le 18 septembre de l’an 1624, alors qu’elle rentrait en Espagne sur le galion le Saint-Joseph. Dans l’inaction forcée, elle se plut à revivre par la pensée les aventures d’autrefois, les courses à cheval à travers les Andes, en quête d’El Dorado, les querelles, les combats, les fuites, la fortune hasardeuse, la vie errante et libre. Elle l’a fait dans une langue nette, concise et mâle. Elle ne parle d’elle au féminin que très rarement, dans les cas désespérés, aux minutes de suprême détresse, alors qu’elle sent la Mort et qu’elle a peur de l’Enfer.
