À partir de ce sujet mal
connu de la persécution des Morisques, un Espagnol de
Séville, descendant d’une famille arabe convertie, Rodrigo
de Zayas, a composé, en français, un long essai
intitulé Les Morisques et le racisme d’État. Partant de cent quatre-vingt-sept feuillets manuscrits qu’il
a pu acheter en 1989 et qui contenaient quelque cinquante rapports
de l’Inquisition et des lettres royales relatives au problème
des Morisques dans le Royaume de Valence à la fin du seizième
et au début du dix-septième siècle –
la collection de Lord Holland –, il a écrit un livre
hétéroclite, hétérodoxe qui ne se
veut pas une étude historique, mais qui tient de l’essai,
du pamphlet, ce qu’il appelle « une sorte d’auberge
espagnole où chacun peut trouver les éléments
de ses propres opinions à condition d’y apporter une réflexion
critique ».
Dans un désordre volontaire, pas toujours limpide, il
dresse un réquisitoire contre le gouverneur responsable
de la déportation de 1609, le duc de Lerma, « un
des plus grands criminels de l’histoire espagnole ».
Il dénonce une Espagne raciste qui a éliminé
les quelque 600 000 Maures qui vivaient dans le Royaume de Grenade
avant 1492, une Espagne de l’Inquisition dont l’activité
était davantage orientée vers la recherche de la
pureté du sang que vers le constat d’hérésie.
« La pureté et la limpidité du sang
proviennent des ancêtres qui, après avoir reçu
la vraie foi catholique du Christ, notre Seigneur, dans le baptême,
l’ont conservée avec constance et courage sans jamais
s’en écarter », écrira au dix-septième
siècle Escobar del Corro, célèbre théoricien
de la pureté du sang. Ce qui va conduire l’Espagne du
seizième siècle à élaborer une législation
selon laquelle tout individu désirant entrer dans les
universités, dans les ordres religieux, dans l’armée
ou dans l’administration devait apporter la preuve d’une ascendance
chrétienne irréprochable.
Attaché à faire reconnaître la monstrueuse
injustice faite aux musulmans d’Espagne, Rodrigo de Zayas lève
un lièvre qui va sans doute donner lieu à des discussions
passionnées. Sautant du dix-septième siècle
espagnol à un État français pétainiste
où l’État et l’Église sont d’accord pour
l’application d’un « statut des juifs »
afin d’« aryaniser » le pays, il commet
le sacrilège de comparer deux idéologies coercitives.
L’Inquisition, en instituant le premier « racisme
d’État », aurait-elle été l’ancêtre
et l’inspiratrice des lois de Vichy ?, demande-t-il.
Nicole Zand, Le
Monde


































































































