L’amitié et la solitude ont été les deux
versants de l’attitude de Boschère devant la vie. Toutes
ses amitiés importantes (notamment avec André Suarès,
Robert Mélot du Dy, Milosz et Max Elskamp) furent provoquées
par l’admiration littéraire avant d’être développées
et entretenues par une association du cœur et de l’âme.
Quand paraît La Sculpture anversoise aux XVe et XVIe siècles, en 1909, Boschère l’envoie à
Max Elskamp, poète qui occupe une position singulière
puisqu’il n’a rien publié depuis onze ans et que son silence
passe pour définitif. Elskamp, en effet, a rassemblé
en 1898 sous le titre La Louange de la vie les quatre recueils parus à Bruxelles de 1892 à 1895. La même
année, il a encore publié à Bruxelles Enluminures,
puis il a cessé d’écrire.
Boschère a trente et un ans, Elskamp quarante-sept. Tout
en confortant son admiration, le cadet va prendre en affection
l’aîné, qui le lui rendra bien. Par l’échange
de leurs impressions spirituelles, les deux hommes se lient profondément
l’un à l’autre. Si les lettres de Boschère à
Elskamp ont été égarées, à
quelques exceptions près, nous possédons celles
d’Elskamp qui en dorment un témoignage subtil.
Magnifique hommage rendu au poète et à l’ami, l’essai
de Jean de Boschère, publié en 1914, demeure irremplaçable
pour la connaissance de Max Elskamp.
Michel Desbruères
