« Orphelin de père, fils de paysan crevant
la faim, Antonio est pris en charge vers quatorze ans par une
riche bigote, Madame Estefânia, qui l’arrache à
son tendre univers de gueuserie pour l’envoyer au séminaire.
L’adulte Antonio raconte comment la machine à broyer les
volontés individuelles, par une discipline de fer, par
d’interminables prières qui endolorissent les genoux,
par la férule qui fait bouillir le sang, par les sermons
et les méditations, par la compétition et la délation
organisées, transforme des costauds incultes, des péquenots
travaillés par la puberté, en solitaires douloureux,
terrorisés, silencieux, ou en mécaniques à
débiter du latin. Il faudra la mort de son unique ami
et la mutilation d’une main pour qu’Antonio s’arrache à
l’aliénation d’un sacerdoce sans vocation, conquière
sa liberté, et aille au-devant de la vie et de l’amour,
sans pouvoir se débarrasser de ce “matin perdu”,
gravé au fer rouge dans son esprit. »
Jean-Charles Gâteau
