C’est une drôle d’écriture « alimentaire
» que ce recueil de textes de Ladislav Klíma, publié
à Prague en 1927 et qui reprend des articles rédigés
à l’intention de la presse périodique. Qui semble
croire que la meilleure façon de faire supporter au public
le coût de la ration quotidienne d’alcool à brûler
est de prendre systématiquement le contre-pied de ses
préjugés les plus chers. Les opinions ici mises
à la question touchent à tout : depuis les chaussures
qui serrent et les bras ballants jusqu’à la politique
internationale, la sexualité, le socialisme, le patriotisme,
la physiognomonie, l’inspiration poétique, la prison,
l’école, les rages de dents, le suicide, les sociétés
protectrices des animaux...
C’est, à première vue, une contradictoire condescendance
au concret de la part de ce « métaphysicien
par excellence » qui se fait un jeu de nier l’existence
de l’existence. On peut y voir une façon comme une autre
de « tyranniser le terrestre tas de fumier » ou,
restant plus près de la lettre du texte, un art de l’invective,
une école du quolibet, une lucidité dans le scandale
qui se lit comme un manuel de savoir-vivre, valable pour tous
les temps ou « instants » qu’il faut pour faire
un monde.
II y a, en effet, une pénétration impénitente
à la base de ces paradoxes poussés jusqu’à
l’absurde. Un esprit caustique jamais en défaut –
polémique, provocant, persifleur, impitoyable pour les
petitesses humaines et le provincialisme de la pensée.






































