BUTOR PAR BUTOR
On n’est jamais trop prévoyant
lorsqu’on prépare sa postérité. Mieux vaut
se prémunir contre les insuffisances des critiques, anticiper
les interprétations des chercheurs... Et, pour cela, quelle
meilleure méthode que le « prétestament
littéraire » où l’on réunit soi-même
les écrits pleins de sel qui vous défendront contre
tout malentendu ?
Mais, alors que beaucoup se seraient trahis plus que servis dans
cet exercice périlleux, Butor, loin de l’autocélébration,
nous livre un témoignage clair et sincère reflétant
l’itinéraire d’un écrivain dans son siècle
: une limpide leçon de littérature. Le livre a
d’ailleurs été conçu ainsi. Alors qu’approchait
l’heure de la retraite, l’auteur de la Modification a élaboré, en guise d’adieu à ses étudiants
de l’université de Genève, un dernier « cours ».
Un cours consacré à ses propres livres qu’il propose
comme « exemples d’un parcours dans les problèmes
rencontrés par les écrivains français depuis
la fin de la dernière guerre... »
Bousculer les thèmes et les genres consacrés, c’est
bien ce qu’en trente ans et quelque 530 ouvrages (!), Michel
Butor ne cessera plus de faire. D’où, dans la suite de
ces Improvisations, une large part laissée à
l’analyse et à la justification des recherches littéraires.
Comme une maîtresse de maison ne pouvant résister
au plaisir de vous détailler ses recettes, Butor met à
nu les échafaudages de ses œuvres. Chaque page fourmille
ainsi d’aperçus sur la création littéraire.
Après la profession de foi littéraire du grand
écrivain, et à mille lieux de toute construction
savante, voici la plainte sincère – mais aussi les
enthousiasmes, les projets, les espoirs – d’un homme qui
se présente humblement comme un « enfant vieilli,
inquiet de passer aux aveux...
Florence Noiville,
Le Monde
