« Contrairement au sens ordinaire du terme Improvisations
sur Flaubert n’est pas improvisé et rien n’y
est laissé au hasard ; l’improvisation ici est toute
musicale. Suivant de volume en volume l’œuvre de Flaubert,
Butor décèle en elle des souvenirs de La Tentation
de saint Antoine qui n’aurait cessé de s’y développer
en rhizome. La critique constitue donc une sorte de récit
second (le livre de Butor) qui fait apparaître dans le
récit premier (l’œuvre de Flaubert) par la voie
d’un rapprochement de citations, une constitution implicite.
Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à
quelque système extérieur pour activer le sens
du texte, il suffit de le superposer à lui-même.
Ce que met en lumière le livre de Michel Butor c’est
la stratégie de Flaubert pour rendre supportable un discours
subversif. Et ce romancier tenu pour le maître de l’art
pour l’art, et pour le rêveur du “livre sur rien”
apparaît comme tendant à ses contemporains, autant
dans Salammbô que dans L’Éducation,
non quelque chef-d’œuvre formel mais un miroir révélateur
et critique de leur mode de penser. »
Jean Roudaut
