Une femme monte dans un train pour fuir sa ville et pour écrire.
Assise dans le compartiment, papier et crayon à la main,
ce sont des dessins qui surgissent : paysages qu’elle aperçoit
par la fenêtre, personnes qui entrent ou qui sortent. Certains
dessins naissent par hasard, d’autres par la seule « volonté »
de la main qui dessine, tel cet homme assis à l’ombre
d’un figuier, la femme à ses côtés,
une plage, le chien, la mer. Autant d’ingrédients
pour un récit qu’elle essayera d’écrire
pendant le trajet. Et voici que les dessins se mettent à
mener leur propre vie dès qu’elle s’assoupit
et relâche sa vigilance. Aux paysages dessinés vont
bientôt se substituer la plage de son enfance et les événements
qu’elle y a vécus ; au visage de l’homme
sous le figuier, va se superposer un visage connu, aimé
même et qui fait remonter avec lui, du fin fond du passé,
une interrogation lancinante : qui est Khadir ? Réalité,
fiction, présent et passé se succèdent au
rythme des secousses du train qui la plongent entre rêve
et sommeil.
Dans ce roman singulier, qui est aussi un voyage initiatique
autour du mythe coranique d’Al Khadir, la narration progresse
en s’appropriant contes et poèmes, revenant sur elle-même
comme si le récit pouvait se faire et se défaire
à l’infini. C’est, sans doute, pourquoi –
avec un petit ou un grand H – l’histoire peut attendre.
