« Au tiers de la traversée d’Europe en Amérique, l’archipel des Açores dresse en plein Atlantique ses pies volcaniques et ses noires falaises scoriacées, battues de lames écumeuses. L’hiver, les tempêtes décapitent les cèdres ; l’été, l’anticyclone s’installe, une humidité tiède voile les horizons, les hortensias géants fleurissent bleu le long des chemins. C’est là, à Faial, l’île des hêtres-arbousiers, qu’est née et qu’a grandi Margarida Dulmo, la perle de Horta, rejeton d’une famille patricienne illustre (un ancêtre fut de ces “capitaines-gouverneurs” du XVIe siècle qui amenèrent aux îles des escouades de colons flamands) mais tant soit peu dégénéré : le père boit et court la gueuse, la mère veille un grand-père paralysé, la fortune – baleinières et ambre gris – est en péril. (...) Vasco Graça Moura dit juste lorsqu’il affirme dans sa préface que Gros Temps sur l’archipel, publié en 1944 par Vitorino Nemésio, est, avec Amour en perdition de Camilo Castelo Branco et Les Maia d’Eça de Queiroz, un des trois chefs-d’œuvre absolus de la littérature romanesque portugaise. Nemésio a donné là son œuvre la plus complexe et la plus poétique. Gros Temps sur l’archipel est à la fois le portrait approfondi d’une bien singulière jeune fille des Açores, une fresque lucide de la société insulaire vers 1917-1919, et un hymne à la gloire des neuf îles. »
