Le Foie de Prométhée, journal de Jirí Kolár pour l’année 1950, est aussi autre chose qu’un journal.
Suite de Témoin oculaire par la liberté et l’acuité du regard, par la solidarité qui unit l’auteur avec le monde en totalité, non moins qu’avec chaque chose, chaque homme pris à part, par l’ampleur qui se propose d’englober toutes les incarnations de l’écriture, en-dehors comme en dedans de l’art, ce livre fait en même temps un pas au-delà. Il ne s’agit plus d’une simple juxtaposition des genres mais d’une intégration qui fait éclater la frontière entre le moi et l’autre, engageant l’avatar de la vie qu’est le langage dans une voie qui le conduit de métamorphoses en métamorphoses, imprévisibles, fascinantes, foncièrement véridiques. C’est une expérimentation, sans rien de gratuit. Une expérimentation indéfectiblement solidaire de l’expérience qui, en concrétisant les « surfaces de frottement entre lesquelles le destin est continuellement broyé », se met en quête de « cette connaissance de l’homme qui rend la vie et le destin si grands et insondables que chaque œuvre d’art ne peut être qu’un éclair du mystère infini au commencement duquel il y a la mort ».
