« Très resserrées, compactes, les nouvelles
de Philippe Jones stimulent l’attention du lecteur, mettent
sa capacité de discernement au défi, et en ce sens
elles miment, en quelque sorte, le caractère énigmatique
et cependant déchiffrable du réel. Jones prélève
dans la fuite des jours ces bifurcations, ces “embranchements”,
comme le suggérait l’un de ses titres de recueil,
qui n’apparaissent pas au premier regard. Il sait que le
réel est “chargé d’incidents, apparemment
bénins, mais dont les suites, si l’on est attentif,
sont parfois riches de conséquences”. Il veut débusquer
le premier mouvement, presque imperceptible, qui engage ce processus.
Il y a, dans ce travail, une attention infinitésimale
qui rappelle les observations minutieuses et minimalistes d’une
Nathalie Sarraute... Comme chez l’auteur du Planétarium, on est frappé par la diversité des situations et
des milieux où l’auteur situe ces révolutions
minuscules, quoique souvent décisives pour le cours d’une
destinée. Il choisit de préférence des événements
des plus ordinaires, saisit, comme un artiste cubiste, ses personnages
sous plusieurs angles à la fois. “L’art, dit
l’un d’entre eux, apprend à regarder autrement
ce qu’on voit.” Pratiquant avec subtilité le
déplacement des axes d’approche, jamais il n’en
privilégie un au détriment d’autres ; lorsqu’il
s’agit de rendre la vibration d’un être, il nous
fait percevoir combien celui-ci s’inscrit dans de multiples
dimensions à la fois : affective, intime, sociale, métaphysique.
Ces femmes, ces hommes ne sont jamais unidimensionnels. En quelques
phrases, en quelques images, il nous les rend perceptibles dans
toutes leurs épaisseurs.
Tentant de décrire sa manière, on ne peut que sacrifier
à une abstraction qu’il excelle pourtant à
habiller de détails tangibles, sensuels, toujours significatifs.
On sent que le poète a gardé, dans cet autre registre
d’écriture, son sens souverain de la métaphore
éclairante.
Jones, conteur, pratique résolument la solidarité
de l’indicible, et c’est ce qui fait la générosité
de ses textes apparemment économes. »
Jacques De Decker, Le Soir.



























































































































