Après Le Salon

Colette Lambrichs

Dans Je viens de Russie, à paraître à La Différence en mai 2014, Zakhar Prilepine écrit : « Il y a trop de gens sérieux autour de nous. Et trop peu qui soient beaux. » Cette phrase résonne à mes oreilles car je pense depuis longtemps qu’il faut mettre la beauté au centre de toute existence. Comment vivre sans elle ? Je pensais à cela en parcourant les allées du Salon du Livre. Les Éditions de la Différence donnent-elles à lire, à sentir, à voir de la beauté ? Et la font-elles rayonner ? Parmi tous ces éditeurs et les milliers de livres qui sont proposés au public, ont-elles une nécessité, une exigence qui ne se trouve pas ailleurs ? Laquelle ? Au-delà d’une collection telle qu’« Orphée » dont le propos est de faire découvrir la poésie du monde entier en version bilingue à un prix si modique qu’il finit par sous-évaluer la qualité des ouvrages du catalogue général de la maison, qu’est-ce qui différencie La Différence de tel ou tel autre éditeur, mis à part sa taille, son chiffre d’affaire et autres renseignements d’ordre quantitatif ? Une certaine vision du monde à travers les livres qu’elles publient ? Sans doute. Mais est-ce perceptible dans la foison de publications d’ordre divers qui tentent d’exister sur les tables des libraires ? Il en va de même pour toute maison d’édition qui a joué sa marque sur un choix défini, engagé, et je suppute qu’elles sont confrontées aux mêmes interrogations.
Dans le but d’assurer une survie à cette conception du métier ont été réunis sur le stand de la Différence les éditeurs que celle-ci diffuse en librairie (L’Amandier, L’Arachnéen, Cénomane, Chèvrefeuille étoilée, Diabase, Le Lampion, Le Mot fou, La Part commune, Le Temps des cerises, Unes et bientôt Christophe Lucquin) pour faire sens, ensemble, avec des livres qui ont du sens. Et c’est pour cette raison qu’un lien s’est noué avec chacun d’eux, plus confiant et chaleureux que jamais. Les périls sont là, bien entendu, les quolibets aussi et les équilibres économiques sont difficiles à trouver mais, au moins, sur le stand de La Différence, il y avait entre tous une atmosphère qui redonnait espoir à chacun qu’un autre rapport au monde fût peut-être possible.
En ce mois d’avril reparaît à La Différence, Les Violons brûlés d’Agnès Verlet, roman publié en 2006 qui éclaire son dernier livre, sorti il y a quelques semaines en librairie, Le Bouclier d’Alexandre. L’énigme et le secret sont au cœur des deux livres. Dans Les Violons brûlés, la maison à vendre « Folie de bourgeois marseillais » acquise sur un coup de tête par un couple, va agir sur l’un et l’autre de façon morbide : l’homme veut la reconstruire et l’aménager dans un délire obsessionnel, la femme, connaître l’histoire des anciens propriétaires au point de se laisser envoûter par le passé qui peu à peu livre ses ténèbres. Marseille est au centre et la Camargue aussi avec ses camps de gitans…
Pour les enfants, le troisième tome des aventures du Fantôme qui pète, par Wiaz, Le Fantôme et les petits prouts, sort le 23 avril en librairie. Wiaz, le talentueux dessinateur, est aussi le mari de Régine Deforges, qui vient de mourir. Nous avons tous de la peine à La Différence. C’était une femme libre et belle.

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