Noire, toute… Lettre de mars 2015

Colette Lambrichs

Les Éditions de la Différence lancent une nouvelle collection de polars et romans noirs, intitulée « Noire/La Différence » dont les deux premiers titres paraissent le 12 mars prochain. Ils ont été écrits par deux auteurs de la maison, Pierre Lepère, vieux complice, furieux de littérature, qui, depuis ses premiers poèmes publiés en 1976 chez Gallimard dans la collection « Le Chemin », utilise chaque genre littéraire comme un défi à relever. Il est capable du meilleur – les titres de lui que je préfère, à La Différence, sont : L’Héritage de la nuit (1995), roman dans lequel il nous conte « L’Affaire Saint-Géran » épopée judiciaire qui agita pendant vingt-cinq ans le XVIIe siècle français, Le Petit Anarchiste (2001), roman qui s’inspirait d’un fait divers authentique, la fugue et la mort mystérieuse, en 1923, du fils de Léon Daudet, Cœur citadelle (2008), magnifique recueil de poèmes, et Un prince doit venir, premier volume de sa trilogie des « Perdants magnifiques » où il nous décrit avec brio la chute du surintendant Fouquet. Dans Les Roses noires de la Seine-et-Marne, il imagine intrigues, affaires louches, grenouillages qui prospèrent sous le vernis lisse d’une pimpante petite ville de province. Si les ressorts du suspense ne sont peut-être pas encore complètement huilés aux yeux de certains lecteurs, j’ai la conviction que vous ne vous ennuierez pas. Ce n’est, en tout état de cause, que la première immersion dans ce genre nouveau pour lui comme pour nous, genre dont nous comptons bien explorer les arcanes.

Quant à Yves Tenret qui signe Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles, c’est un écrivain inclassable ayant pris à la Belgique dont il est originaire et à la Suisse où il vécut longtemps les traits atypiques qui permettent de déceler à la seconde qu’il n’est pas français. Ses précédents livres à La Différence sont drôles et trash. Comment j’ai tué la Troisième Internationale situationniste est un roman au vitriol sur les querelles et les mœurs de l’ultra gauche, Maman, la confession avinée de bribes de sa vie qu’une prostituée atteinte d’un cancer fait à son fils avant de mourir. Portrait de l’artiste en révolté, le rassemblement de peintres au fil des siècles qui voulaient mettre en question l’ordre social dominant. Dans Coup de chaud à la Butte-aux-Cailles, il épouse la forme glauque de son anti-héros, César, qui traîne dans le XIIIe arrondissement. Portrait d’un quartier de Paris, portrait aussi des marginaux qui naviguent à la limite de la légalité dans un désœuvrement où les combines, les petits trafics se trouvent mêlés à de vrais meurtres. Maniant l’humour, le décalage, le faux suspense, Yves Tenret regarde le quartier de la Butte-aux-Cailles avec les yeux d’un vieil anarchiste qui se demande si c’est lui ou bien la ville qui a tellement changé !
C. L.

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