Dans la pensée occidentale, le féminin a été
associé à l’idée de nature et de mort.
Nul commandement divin, nulle parole civilisatrice n’est
venue combattre cette notion, bien au contraire.
À l’union du masculin et du féminin, voie
d’accès à l’éternité, succède
aujourd’hui une autre orientation : gommer la différence
des sexes ou utiliser cette différence comme un divertissement,
métamorphoser le corps mortel en un outil performant.
L’amour tentait d’unir ce qui était séparé,
la technique doit permettre d’inventer un être autonome,
libéré de la transcendance et des contraintes que
fait peser sur lui la nature, et capable d’atteindre seul
l’immortalité.
Le déclin d’une civilisation se signale toujours
par l’arrivée de courants étrangers qui la
traversent et l’ébranlent, par une exacerbation de
la violence et par une quête toujours renouvelée
de plaisirs. Si les chercheurs ont analysé, avec perspicacité,
les causes de la décadence de Rome ou de Constantinople,
ils semblent refuser de voir que l’Occident se meurt du
combat qu’il mène contre ses propres symboles.
L’art est, depuis plus d’un siècle, le témoin
et l’acteur de ce changement.
Les happenings auxquels se réduisent le plus souvent les
« œuvres » de certains artistes, de même
que le cinéma et la littérature, s’emploient
à briser les tabous sur lesquels est bâtie notre
culture. Et les élites, à nouveau fascinées
par la violence, qu’elle ait un alibi artistique, religieux
ou politique, regardent sans horreur, parfois même avec
complaisance, l’homme primitif, l’homme insensible
à la douleur qu’il provoque ou qu’il est censé
ressentir, émerger de notre monde quotidien sur la scène
artistique. Cette avancée de la barbarie annonce la fin
de la civilisation et prépare l’avènement
de l’homme futur, libéré de l’Éthique,
mais dépendant de la Technique, qui n’aura ni nos
valeurs ni notre mode de perception. L’image à travers
laquelle nos contemporains cherchent désespérément
à approcher le réel, est la porte qui lui ouvrira
un monde nouveau, le monde virtuel.
Si vaincre la mort est un combat que les hommes ont mené
depuis l’aube de la création, une question reste
cependant posée : pour la faire enfin disparaître,
ne nous faudra-t-il pas, simultanément, renoncer à
la vie ?
