De mes mains partit le vide. L’absence s’écrit
elle-même à tâtons. Qu’avais-je à écrire sans
savoir ?
Qu’avais-je à savoir ? Cette langue avant la lettre qui
parle au plus profond, racle dans le fond du ventre la
bouse des mots, dégueulés à même
la terre, restituant
ce langage-route dans le poème, faisant
signe au
poète, voix qui dormait au somnambulisme de mon
enfance. Et puis le pur devenir mourant dans le temps
de la création.
L’écriture m’a gardé secret. Je n’avais
pas de
mots : alors j’ai trouvé le poème. Je voyage à
travers ce livre qui me lit et qui me rêve. Le poème
est
reconnaissance de son grave merveilleux. Les mots ont
une
acuité de regard. Ils aident à marcher. Le poème
est éclat contre écriture. J’ai attendu l’écriture.
Je ne l’ai
pas vue venir. Je l’ai maintenue sans jamais la saisir.
Je
me suis réservé une place où je ne suis
jamais.
