« Lunus fouille les
directions contradictoires du temps. Il accompagne du regard
le tracé sinueux d’un mur d’adobe qui s’étire à
travers la plaine. Les trois lignes de l’horizon tremblent dans
le lointain. Un entrepôt recouvert de torchis blanc se
détache d’un pan de ciel. Deux balafres parallèles
suppurent là-haut. La cicatrice de fumée court
rectiligne au zénith. Elle fractionne la voûte en
hémisphères jumeaux puis se dilue dans la matière
monochrome. Silencieux, le scalpel de l’avion scintille et découd
patiemment la suture invisible vers son point de fuite. Lunus
baisse les paupières. Lentement, il décompte :
trois, deux, un. Son regard le devance à la vitesse de
la lumière... »
Dans ce roman gigogne, récit de voyage ou récit
initiatique, Serge Delaive cherche-t-il à nous égarer
pour nous retrouver ensuite ? On suit la trace de Lunus et puis,
soudain, on se demande où l’on est vraiment. En Patagonie
? Au Café Europa, dans une ville d’Europe du Nord ? Au
milieu du désert avec Guadalupe de Valparaiso ? Réflexion
sur le temps et les soubresauts de la mémoire à
travers le maillage d’un récit élaboré,
Café Europa nous plonge dans une spirale où,
pour notre plus grand plaisir, la prose côtoie la poésie,
les annotations et l’essai historique.
