« Ce texte ne se veut pas une polémique
idéologico-politique, mais plutôt une tentative
de compléter l’espace problématique des concepts
de la Critique de la Raison dialectique de Sartre revus par Aron. En effet, Histoire et dialectique de la Violence
se trouve, de fait, dorénavant couplé à
ce livre comme un appendice.
Aron y prend à revers l’essentiel des thèses
de Sartre, se trouve ainsi indexé de son contraire comme
de son malin génie. Son texte peut aisément apparaître
comme un digest du pavé sartrien. De là à
ce qu’il se substitue sans trop de difficulté au
livre qu’il commente, il n’y a que le pas de la facilité
et de la réputation de clarté de l’auteur.
L’inconvénient c’est que les thèses de
Sartre y subissent un gauchissement à la mesure du centrisme
d’Aron.
Le livre d’Aron présente l’intérêt
d’une affinité problématique liée à
une fraternité de formation à la philosophie contemporaine
de la première moitié du siècle (la tradition
phénoménologico-existentielle dans un contexte
quasi institutionnel kantien) – mais en outre avec son gros
livre c’était la première fois que Sartre
empiétait sur le domaine de la philosophie socio-historique,
apanage d’Aron. Conséquemment cette proximité
semblait la garantie de ce que la divergence correspondant à
deux “projets existentiels” différents, débouche,
à l’occasion du commentaire d’Aron, sur une
dialectique féconde. Mais leur affinité initiale
s’était rapidement brouillée au niveau de
la teneur existentielle de leurs projets respectifs. Au reste
est sans doute indiscernable la part psychologique dans la constitution
des concepts respectifs et en retour la part conceptuelle dans
le modelage de l’éthos existentiel de chacun, chaque
dimension renforçant l’autre, en l’occurrence
dans le sens d’un divorce.
Mon propos se place cependant au seul niveau conceptuel. Il consistera
à tenter de neutraliser la fausse familiarité critique
de cette doxa de disqualification apparaissant comme un parasite
du livre princeps. »
P. VERSTRAETEN
