Un été parmi les livres

Colette Lambrichs

Date : 07-2012

Voici l’été, les festivals et les lectures de vacances pour ceux qui en prennent (des vacances).

Le samedi 7 et le dimanche 8 juillet, dans le cadre des « Rencontres littéraires en Haute Provence », Michel Butor est invité à parler de ses Œuvres complètes, publiées en 12 volumes à La Différence, dans les Jardins du couvent des Cordeliers à Forcalquier. Plusieurs de ses amis proches, Mireille Calle Gruber, Jean-Luc Parant et des écrivains venus d’Allemagne, de Suisse et du Portugal… discuteront avec lui le dimanche 8 juillet, de 9 heures à 19 heures. Une exposition montrera les œuvres d’artistes réalisées à l’occasion de différentes publications de Michel Butor aux Editions de la Différence (Pierre Alechinsky, Goschka Charewicz, Bernard Dufour, Jiri Kolar, Jean-Luc Parant…) à Saint Etienne-les-Orgues, « Au coin de la rue de l’Enfer », du 7 au 29 juillet.

Au festival d’Avignon, du 8 au 17 juillet, on met à l’honneur le Nouveau Roman et à cette occasion on projettera le documentaire Michel Butor, l’écrivain migrateur qui sera suivi d’une rencontre avec l’écrivain.

Le mercredi 18 et le jeudi 19 juillet, Claude Mineraud et moi-même présenterons les Éditions de la Différence à Sarrant, dans la librairie-tartinerie « Des Livres et vous ». Deux soirées qui débutent à 19 heures, la première axée sur le politique, la seconde sur la littérature.

Du 20 au 28 juillet, les Éditions de la Différence seront présentes à Sète où se déroule le Festival « Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée ». Seront montrés les ouvrages de poésie et, notamment, ceux de la collection « Orphée ».

Pendant l’été, la Différence ne publie pas de « nouveautés » mais, en revanche, propose aux libraires de mettre en évidence dix titres du fonds qui leur paraissent n’avoir rien perdu de leur attrait ni de leurs qualités depuis leur parution. Comme le temps d’exposition des livres est de plus en plus court en raison de la prolifération toujours croissante du nombre de publications nouvelles, nous sommes certains que les dix livres exhumés de notre fonds n’ont pas trouvé tous leurs lecteurs.

Oui, j’en suis sûre, chers curieux, vous prendrez un plaisir délicieux à lire Le Ministère des ombres de Pierre Lepère qui dépeint d’une plume gourmande et acérée la disgrâce de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV. Son art du portrait est à son apogée dans ce roman construit en cinq actes qui raconte les pièges tramés dans l’ombre pour faire tomber les puissants.

On ne quitte pas le Grand Siècle avec Le Moins Aimé de Bruno de Cessole qui s’est attaché à faire revivre le frère de Mme de Grignan. Chacun sait que Mme de Sévigné n’en avait que pour sa fille et a quasi passé sous silence l’existence de son fils, Charles, qui ne manquait pourtant pas de qualité ni de charme et dont les revers et les exploits nous sont racontés avec une ironie et une verve délectables.

Nous partons au Japon dans Le soleil se couche à Nippori de Jean Pérol. C’est la seconde moitié du XXe siècle qui est traversée dans ce roman ample et ambitieux par le regard du journaliste français Jean-Marc Despierre immergé à Tokyo. Amour, exil, guerres, poids du passé, intrigues du présent pèsent inexorablement sur la vision qu’a le narrateur de l’Asie et de la France qui apparaissent, au fil des pages, comme les deux parties irréconciliables de lui-même.

Nous revenons en France avec Les Cils de l’ange, le dernier livre d’Emmanuelle Marie, morte beaucoup trop jeune d’un cancer à 42 ans. Une jeune femme veille son père devenu aphasique à l’hôpital et c’est le passé qu’elle lit dans les battements de ses cils et le bleu de ses yeux : peurs, alcool, femmes et son amour pour elle qui aujourd’hui l’assiste et le fuit dans la ville pour faire l’amour et se sentir vivante.

Les Violons brûlés d’Agnès Verlet nous entraînent à Marseille, une Marseille sombre dont un jeune couple découvre des pans occultés du passé en acquérant une maison hantée au cœur de la ville. Les histoires horribles qui se sont déroulées dans ce lieu agissent sur les nouveaux propriétaires. L’homme tente de reconstruire la maison tandis que la femme s’enfonce toujours plus profondément dans les traces qui menacent de l’engloutir.

Le troisième roman d’Eric Pessan, Les Géocroiseurs, revient sur le thème du langage dans une histoire de catastrophe annoncée. Au moment où des météorites vont entrer en collision avec la terre, où la zone d’impact est évacuée, où chacun fuit ou se fige, un vieil homme qui fut silencieux sa vie durant refuse de partir et se met à parler. Son long monologue convoque son épouse, son fils, raconte l’histoire contradictoire de sa vie. Parler en attendant que le ciel vous tombe sur la tête et mette aux paroles un point final. Le langage ne construit-il pas le monde ?

C’est dans le Maroc plombé des années soixante que Zaghloul Morsy, né à Marrakech en 1933, plante le décor de Ishmaël ou l’exil, son grand livre. En arrière-plan des amours interdites de Sylvia, la Juive, et de Husseyn, l’Arabe, se dessinent les mentalités vitrifiées, les féodalités arabes, la guerre froide, la tragédie israélo-palestinienne. Le roman s’articule autour d’un voyage solaire des amants de Rabat à Casablanca et d’un retour solitaire de Husseyn de Casablanca à Rabat, entre abattement et délire. Odyssée intérieure qui pose la question de l’altérité, de l’aliénation, du devenir de l’arabité, du sacré et du profane, et qui s’achève dans une libération par la poésie.

Quand l’Italie allait au bordel est une suite de nouvelles d’auteurs italiens célèbres (Dino Buzzati, Mario Soldati, Alberto Bevilacqua) ou moins connus (Giancarlo Fusco, Fausta Leoni, Vincenzo Talarico) qui évoquent leurs souvenirs des maisons de tolérance au fond des ruelles obscures de Turin, Rome, Naples ou Milan. Hommage tendre à leurs pensionnaires et merveilleux voyage dans une Italie disparue.

La très populaire romancière flamande, Kristien Hemmerechts, nous donne dans Jeudi 15h30 un tableau très incisif de la société brisée que révèle soudain un fait divers dans une bourgade paisible de Flandres : une fillette fauchée par une camionnette un jeudi à 15h30. Dans la tête de chacun des protagonistes et des spectateurs du drame, se manifeste alors le rapport coupable et malheureux que les uns et les autres entretiennent avec les enfants.

Myra de Maria Velho da Costa, qui fut couronné au Portugal par de nombreux prix, n’a malheureusement pas rencontré son public en France et c’est bien dommage. Au Portugal existent aussi des camps de réfugiés venus de l’Est. Myra est l’une de ces sans-papiers. Jeune fille, tout juste pubère, elle fuit avec son chien les baraques où ils sont retenus. Commence alors une longue pérégrination à travers le pays avec différentes haltes où, à chaque fois, elle s’invente un nouveau nom ainsi qu’à son chien. Mêlant les affabulations de la fillette à un portrait cruel des gens qu’elle croise sur sa route, Maria Velho da Costa nous donne sans pathos un tableau acide de la méchanceté humaine.

Il ne me reste plus, chers lecteurs, qu’à vous souhaiter de bienheureuses vacances parmi les livres.


C.L.

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