"Brassée d’Avril"

Colette Lambrichs

Date : 04-2012

En cette période de décervelage que nous impose la campagne présidentielle – (il est, néanmoins, impératif de voter François Hollande pour éviter le pire) – nous sont parvenus par la poste, salutaires et jubilatoires, les poèmes de Michel Butor : L’arrivée de l’hiver et Intolérance. Lisez, chers amis, lisez et cessez de croire que Butor écrit pour un petit cercle d’initiés. Prenez connaissance de son œuvre que les Éditions de la Différence ont réunie en 12 volumes – acte de folie éditoriale – ont dit bon nombre de gens, mais ô combien nourricière, et beaucoup plus abordable que le public ne le croit.

Une fois n’est pas coutume, l’Alésia de Jean-Paul Savignac qui paraît dans la collection « Mythologie des lieux », arrive à point nommé, au moment où est inauguré le Museo Parc Alesia à Alise-Sainte-Reine. Ne pensez pas qu’il s’agit d’un guide touristique ou d’un manuel descriptif et convenu à l’usage d’écoliers indifférents. L’ouvrage est une profonde interrogation, pour qui s’intéresse au passé historique et mythique de la France, sur la façon dont, au fil des âges, a été représentée et transmise cette bataille décisive qui marqua la fin de l’indépendance de la Gaule. À travers Alésia, sa localisation toujours problématique, en dépit des positions officielles, Savignac questionne notre identité et l’image que les manuels d’histoire ont imposée à la conscience : une occultation du passé celtique, de son imaginaire, de sa langue. Entre Vercingétorix, le héros vaincu, et César, le chef d’armée victorieux, c’est l’ambivalence de l’esprit français qui est mis, ici, en évidence. Savignac nous invite, dans ce livre, à retrouver la culture, la sensibilité et la poésie de cette civilisation gauloise que Rome a voulu éradiquer.

Avec Éloge du démodé, qui paraît dans la collection « Politique », Michel Chaillou poursuit, à sa façon, la méditation de Savignac. Vers quel appauvrissement de l’être nous entraîne notre civilisation consumériste qui ne sait plus distinguer l’essentiel du dérisoire et, sous prétexte de nous faire aller de l’avant, renie sa langue, sa culture et donc ses écrivains, ses poètes et ses artistes. À force de courir vers d’hypothétiques nouveautés, c’est au désastre que nous courons. Il y a de la grâce dans ce petit livre dont les mots dansent, font mouche et nous transportent, avec la simplicité apparente de l’art véritable, au cœur même de la beauté de la langue. En même temps, vous pourrez lire ou relire, dans collection éponyme, son roman, 1945, qui n’était plus disponible depuis trop longtemps et qui est un enchantement.

Terminons cette « brassée d’avril » par un livre d’art : Rouge absolu, Amann, nouvelle pigmentation par Marcel Paquet, dans la collection « Les Irréguliers ». Hermann Amann est un peintre allemand, installé en France depuis une cinquantaine d’années. Très tôt, il s’est intéressé à la couleur de la nature, à la couleur de ce qui est, laquelle est faite de pigments et de liants liquides. C’est la nature qui produit les couleurs ; la nature est couleur. Pour Amann, l’action de peindre ne se conçoit pas sans cette physique de la nature des choses. Marcel Paquet, philosophe, auteur de nombreux ouvrages sur la peinture, nous montre, dans cet essai, la singularité de cette démarche qui aboutit à comprendre que le rouge est la source de toutes les autres couleurs. Vous êtes cordialement invités à venir aux Éditions de la Différence, 30 rue Ramponeau, le 26 avril à partir de 18 heures, découvrir les œuvres d’Amann en sa présence et celle de Marcel Paquet. Tous deux signeront leur livre.


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