À l’âge de 24 ans, Ipoustéguy découvre
Cavalerie rouge d’Isaac Babel. Il est si impressionné par le livre qu’il le relit sans cesse et finit par le connaître
presque par cœur.
En France, la guerre s’achève. La violence a pénétré
la vie quotidienne des gens. Sous l’empire de ses lectures
et de ce qu’il a vu, Ipoustéguy écrit les
trois nouvelles qui composent Les Guerres du milieu. On
serait étonné par la maîtrise du récit,
le sens gourmand de la langue, la cruauté de l’observation,
l’absence de sentimentalité dans le rendu des situations,
si on ne savait que le jeune homme d’alors n’était
devenu le grand sculpteur d’aujourd’hui. Ipoustéguy
n’a pas choisi la littérature comme expression principale,
mais, à le lire, on se dit qu’il aurait pu.
« Le caporal posa le seau. Ils étaient maintenant
au plus profond du chemin, à cent mètres de la
ferme, invisibles sous le couvert des noisetiers, tout à
fait protégés par le talus. En se courbant, le
caporal avait senti la bretelle du fusil glisser, couler de l’épaule
sur le bras – et toc plus de bras. »














































































































































































































































