Corps de métier

Auteur : Outers, Jean-Luc

collection :

date de parution : 24 août 1992

Roman.

13 × 20 cm. 242 p. 15,20 €.

Collection : Littérature.

ISBN : 978-2-7291-0836-6

Une insidieuse dérive

Un emménagement, des meubles qu’on hisse dans la cage d’escalier d’une maison bruxelloise. Avec Clarisse et sa petite fille Isabelle, avec son chien à lui, un berger à poil roux, Carl est en train de « faire l’impensable, reproduire ce qu’il croyait réservé à ses parents ou à des amis bizarres : créer une famille ». Carl, ingénieur, a écrit un roman où il décrivait la vie quotidienne au ministère des travaux publics – où l’on a, entre- temps, décidé de se passer de ses services. Le voilà muté dans une autre administration où, chargé du contentieux du personnel, il règle des litiges d’une insignifiance burlesque, relatifs au caniche de Mme Sapin ou au canard de Mme Plumelet... Envoyé à Rome pour une rapide mission, Carl, habitué à savourer l’anticyclone comme une denrée rare, découvre un ciel lumineux, un paysage harmonieux qu’il évoque dans de tendres lettres à Clarisse. Mais, pendant que, de semaine en semaine, il prolonge son séjour, sa vie, au loin, s’en va à vau-l’eau : le chien se laisse mourir de chagrin, la maison, malgré l’intervention des corps de métier – couvreurs, plombiers – devient champ de ruine. Comment dépeindre Carl ? En perpétuel « déhanchement », il a l’air d’une « sorte de Pinocchio », cherchant sans cesse ses marques, hésitant entre contact et solitude. Sur les objets, dans l’entassement desquels il voit une «  compilation » de son existence, il porte un regard éberlué. Ainsi annonce-t-il à son frère Félicien : « C’est bien moi qui t’écris, Carl, ton frère de sang et de lait. Grand événement  : je viens d’acheter une machine qui traite le texte comme d’autres la viande. » Avec un humour feutré et inquiétant, Jean-Luc Outers raconte à mi-voix l’insidieuse dérive d’un personnage plutôt sympathique qui, voulant être « ethnologue du réel », finit par perdre toute emprise sur sa propre vie. Peut-être parce que « écrire, c’est prendre de l’avance sur la mort, en finir aujourd’hui avec ce qu’on peut remettre à plus tard, ranger une fois pour toutes dans les tiroirs du temps ce que d’autres découvriront un jour chargé de poussière ».

Monique Pétillon, Le Monde

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