Michel Mourot

Né à Sens en 1948, il est décédé le 15 décembre 2009. Il vivait dans la Marne depuis 1953. Il rencontre au lycée Clemenceau de Reims, dès 1958, Jean-Marie Le Sidaner, qui l’initiera à la poésie moderne et avec qui il fondera la revue Équinoxe, en 1964. Après la mort de Jean-Marie Le Sidaner, avec lequel il était resté en contact régulier, il organise à Reims plusieurs manifestations autour de l’œuvre de celui-ci. Il préside l’association des « Amis de Jean-Marie Le Sidaner » et participe à la fondation de la revue Présages, dont il continue d’assurer la publication.
La Différence a publié de lui en 2005, Dans le cœur de la distance.

« Camarade Mourot » par Patrick Mouze

« Camarade Mourot ! » Je t’ai toujours appelé ainsi. Un passé politique tourné en plaisanterie. Un clin d’œil à ta vie spartiate, certains diront d’ermite. Sauf pour l’essentiel : la poésie, la photo, la peinture, le jazz et la cigarette... Tu avais transformé ta retraite en guerre de position sans concession à la course à la consommation. Avec des échappées en ville ou sur les manifs où l’on se rencontrait pour prendre des nouvelles. Ces marches rythmaient les rites d’une vie bien réglée. Pas un hasard que tu sois né à Sens pour partir d’un bon pied : dans les pas de Mallarmé. Hasard du coup de dés ? Tu as fait des mardis de Mallarmé, le mardi de ta mort brutale et le mardi de ton enterrement. Jamais tu n’aurais imaginé déranger ta famille et tes amis atterrés dans ce froid glacial du matin. J’entends ton rire grave, quasi sarcastique s’il n’était tempéré par la douceur de ton regard bienveillant. J’entends encore ta voix rauque et caverneuse qui roule des remarques d’une concision incisive.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » ! C’est l’âge de ton premier recueil chez Encres Vives sous l’étoile de Michel Cosem. Tu avais commencé plus jeune : dans le fonds André Breton figurent deux lettres de toi, datées de septembre et décembre 1963. Tu avais quinze ans ! Chacun se souvient ici d’une anecdote à ton sujet. Allez-y de votre mémoire après avoir entendu la mienne : tu avais aperçu André Breton sortir de chez lui, rue Fontaine. Tu l’as pris en filature. Il s’en est aperçu. Il t’a semé. Ou plutôt tu n’as pas insisté.

Tu avais deux frères : un frère de sang, André, et un frère spirituel, Jean-Marie Le Sidaner. Tous deux t’ont laissé dans la peine. Tu as fondé avec lui la revue Équinoxe en 1964. Tu as connu l’atelier de Jean-Paul Michel à qui, récemment tu as rendu hommage. Tu as croisé Jean Le Mauve sous son « Arbre » à qui tu as dédié des poèmes. Des vies discrètes, à l’écart. Des alliés substantiels. Tu as trouvé un boulot de prof au collège de Fismes. Il faut bien assurer l’ordinaire du jour pour des illuminations nocturnes. Tu écrivais couché. Les recueils de poèmes se sont égrenés : Marées, L’Épreuve des Pierres, L’Escalier, ci, Carnet d’ignorance, La note veut monter à l’aigu, Le Cœur de la distance et Intimités du chaos, Visages antérieurs… Des titres qui parlent d’eux-mêmes, de toi pour tes lecteurs présents et à venir. De 1992 à 1994, tu as contribué activement à faire tourner Noria, une association pour organiser des conférences d’auteurs de renom : Natacha Michel, Christian Prigent, Alain Badiou, Michel Butor, François Regnault… Tu as dirigé la revue Présages, organe central de l’association des Amis de Jean-Marie Le Sidaner. Tu as su manœuvrer dans les tensions en gardant le cap de l’amitié. Encore récemment, tu as renoué avec ta passion du cinéma dans une association de ciné-club. Aujourd’hui, c’est ta dernière séance et, pour l’amateur de l’échiquier, un mat peut-être, mais un échec sûrement pas ! Tu reposes non loin de Roger Gilbert-Lecomte. Si ça peut consoler…

Salut, Michel !

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