Jacques Izoard

Né à Liège en 1936, Jacques Izoard est l’un des grands poètes de langue française d’aujourd’hui. La Différence a publié de lui : [Le Bleu et la poussière], 1998 (Prix Alain Bosquet 1999 et Prix Triennal de poésie 2001) ; [Dormir sept ans], 2001, avec Selçuk Mutlu, [Les Girafes du Sud], 2003, et son [Œuvre poétique, volumes I et II], 2006 (Prix de Poésie Louis Montalte pour l’ensemble de son œuvre).

Le Monde, 24 juillet 2008

Le poète Jacques Izoard est mort le 19 juillet à Liège (Belgique). C’est sous le nom de Jacques Delmotte qu’est né le 29 mai 1936 à Liège, ville qu’il ne quittera pas, le futur Jacques Izoard. Professeur de lettres, il publie à 26 ans son premier recueil, Ce manteau de pauvreté, sous le pseudonyme auquel il restera fidèle. Dès lors, il écrit régulièrement d’étranges poèmes, qui allient la description minutieuse d’une réalité quotidienne et familière et les tourments d’un esprit et d’un corps passionnés, parfois même violents, mais aussi doucement blasés. "La folie t’aime à la folie", se disait-il à lui-même. Ses fantaisies stylistiques paraissent dans les titres de ses livres : Voix, vêtements, saccages (1971) La Patrie empaillée (1973), Bègue, bogue, borgne (1974), Vêtu, dévêtu, libre (1978), Frappé de cécité dans sa cité ardente (1980), Le Bleu et la Poussière (1998), Dormir sept ans (2001).
Pour ses 70 ans, les éditions de la Différence publiaient dans deux épais volumes ses Œuvres complètes. Mais cette magnifique reconnaissance ne détermina pas un arrêt de sa production. Il eut ainsi le temps de compléter plusieurs autres ouvrages, souvent sous forme de plaquettes éditées de manière originale en Belgique (notamment avec le peintre turc Selçuk Mutlu, qui cosigna également avec lui un recueil, Les Girafes du Sud, Différence, (2003). Admiré par plusieurs générations, il fut imité, car il avait imposé son ton, où se mêlaient l’esprit des comptines à la Max Jacob et une délicieuse mélancolie à la façon d’Apollinaire ou de Supervielle, provocante, douce, érotique, sentimentale, selon l’humeur. Il avait constitué, malgré lui, car il n’avait ni l’esprit de chapelle ni la volonté de diriger quoi que ce soit, une sorte d’école de Liège, où de nombreux poètes, d’Eugène Savitzkaya, avec qui il vécut, à Joseph Orban, en passant par William Cliff, Ben Arès, Serge Delaive, Karel Logist, Philippe Leuckx et tant d’autres, créaient librement à sa suite.
Il était surtout un exemple de liberté et de bienveillance. Peu à peu, l’Université s’intéressa à lui, notamment à travers Gérard Purnelle, qui organisa un colloque et s’occupa des Œuvres complètes. Ce passionné des mots, qui aimait jouer avec les sonorités et proposer des rencontres à la fois saugrenues et évidentes entre des vocables de registres divers, avait plus de profondeur et parfois de douleur qu’il ne semblait. Sa détestation de la pose poétique lui faisait choisir la forme courte, qui partait d’images souvent concrètes et de scènes autobiographiques voilées. Analysant son système poétique, Lionel Ray le résume à un "secret et tendre attachement à ce qui est à la limite du perceptible, mais qui peut avoir du corps". Dans Lieux épars, son dernier recueil paru (La Différence, 2008), Izoard montrait ce qu’il devait à une sorte de surréalisme naturel, sexuel et visionnaire, agrémenté d’une faculté d’introspection ironique et discrète. "Grappes de mots ou de lilas,/je vous ensevelirai/dans la lumière du jour/et l’on ne pourra que cesser d’exister."

René de Ceccatty

les ouvrages de cet auteur :




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